
Le casino de Bruxelles ne fermera pas ses portes au 1er janvier 2027. Selon La Libre Belgique, la Ville de Bruxelles a choisi de prolonger de six mois la concession de Viage, l’exploitant actuel de l’établissement du boulevard Anspach. L’information a été confirmée lors du conseil communal de ce jeudi 29 octobre, même si le quotidien précise que la décision définitive reste à prendre.
C’est une solution d’attente. Elle évite une fermeture sèche, mais elle ne règle rien sur le fond : la Ville n’a toujours pas d’exploitant désigné pour les quinze prochaines années.
Comment le dossier en est arrivé là
Viage, filiale de Casinos Austria International, exploite le casino de Bruxelles depuis 2010. Sa concession expire au 1er janvier 2027. Pour la suite, la Ville avait lancé un appel d’offres portant sur une concession de quinze ans, un marché estimé à 750 millions d’euros.
En juillet, le collège bruxellois a retenu ECK, la société qui exploite Napoleon Games. Viage, arrivé deuxième, a contesté ce choix. Le 31 août, selon La Libre, le Conseil d’État a suspendu l’attribution. Dans son arrêt, il relevait des problèmes dans l’évaluation des candidatures, ainsi que le non-respect des obligations du règlement européen sur les subventions étrangères, le FSR.
Le volet européen complique le calendrier
Ce second point pèse lourd. Le règlement FSR impose des obligations de déclaration et d’examen pour certains marchés publics importants. La Ville a donc dû réclamer des documents complémentaires aux candidats pour les transmettre à la Commission européenne. Selon La Libre, une réponse de la Commission serait parvenue à la Ville le 28 octobre, sans que son contenu soit connu.
Le quotidien rappelle aussi que Napoleon Games a été racheté en 2021 par le groupe roumain Superbet, au capital duquel figure le fonds américain Blackstone. Il souligne que la présence d’un investisseur étranger ne signifie pas, en soi, qu’il existe une subvention illégale : c’est précisément ce que la procédure doit vérifier.
Près de 300 emplois temporairement rassurés
La prolongation répond d’abord à une urgence sociale. Le casino emploie 286 personnes, et le syndicat Synova redoutait une fermeture au 1er janvier, faute de repreneur désigné. Les salariés étaient déjà venus manifester devant les bureaux de la Ville pour réclamer de la visibilité.
Viage, de son côté, a réagi jeudi matin. « Pour Viage, il est essentiel que cette période supplémentaire permette d’aboutir à une évaluation rigoureuse des offres en présence », indique l’exploitant, cité par La Libre. Il demande que les offres soient « réexaminées de manière transparente et neutre, avec l’intervention de véritables experts du secteur ».
Un manque à gagner de 2,65 millions d’euros pour la Ville
La solution a un coût, et il est chiffré. Le contrat actuel rapporte à la Ville une redevance de 4,7 millions d’euros par an. Les nouvelles offres de Viage et de Napoleon Games prévoyaient, elles, environ 10 millions d’euros annuels.
Sur six mois, en maintenant les conditions actuelles, la Ville percevrait donc environ 2,35 millions d’euros, contre près de 5 millions avec une nouvelle concession. Soit 2,65 millions d’euros de recettes potentielles en moins, calcule La Libre, alors que les finances communales sont déjà sous pression.
L’opposition n’a pas manqué de le relever. Le conseiller communal Ecolo Benoît Hellings estime que « le maintien de l’emploi, évidemment essentiel, se fait au prix d’une perte de recettes communales très importante pour la ville, qui n’a pas octroyé de nouvelle concession dans les temps et dans les formes nécessaires ». Le quotidien La DH parle lui aussi de « près de 3 millions d’euros de manque à gagner ».
Ce que cette saga dit du modèle des concessions de casino
Pour un joueur, l’affaire peut sembler lointaine. Elle illustre pourtant un point central du secteur : un casino terrestre n’est jamais vraiment « propriétaire » de son droit d’exploiter. Il dépend d’une concession publique, attribuée pour une durée donnée, contre une redevance versée à la collectivité. Quand la procédure de renouvellement déraille, c’est tout l’établissement qui se retrouve suspendu à un calendrier juridique.
Les montants en jeu expliquent l’âpreté du combat. Une concession estimée à 750 millions d’euros sur quinze ans, des redevances qui pourraient plus que doubler, un exploitant historique face à un concurrent adossé à un grand groupe de paris : chaque étape de la procédure est désormais scrutée, contestée, et peut finir devant le juge.
Les prochaines étapes
Les six mois supplémentaires doivent permettre à la Ville de reprendre l’évaluation des offres en tenant compte de l’arrêt du Conseil d’État et de la réponse européenne sur le volet FSR. Viage réclame un réexamen complet par des experts du secteur. Une information judiciaire pour prise d’intérêt contre X a par ailleurs été ouverte fin septembre après une plainte anonyme, comme l’avait rapporté L’Avenir.
Pour les clients du casino du boulevard Anspach, rien ne change à court terme : les tables et les machines restent ouvertes, avec le même exploitant. Pour la Ville, en revanche, le compte à rebours a seulement été repoussé de six mois.
